Penser la transition

Les enjeux de la mobilité durable

Publié le 22 septembre 2015
La mobilité est une condition nécessaire à l’exercice de tous nos droits fondamentaux. « Les droits au travail, au logement, à l’éducation, à la santé, etc., passent ainsi par une sorte de droit générique qui commande tous les autres, le droit à la mobilité » (JP. Orfeuil). Pourtant, il apparaît aujourd’hui certain que la société ne peut pas jouir de ce droit durablement sans y mettre des limites, que ce soit pour des raisons sociales, économiques ou environnementales.

LES ENJEUX SOCIAUX

Le développement des infrastructures de transport mais également l’essor des nouvelles technologies d’information et de communication dessinent une société en perpétuelle accélération. Ce rapport au temps et à l’espace est une donnée nouvelle de la société moderne. Ainsi la société transforme progressivement la mobilité en une nouvelle norme sociale. Cette évolution conduit à une nouvelle « fracture sociale » qui « oppose » ceux qui réussissent leur mobilité à ceux en situation « d’immobilisme » par manque de moyens financiers (précarité) ou d’aptitudes et de compétences nécessaires au déplacement.

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

Les deux tiers de l'énergie finale consommés en France, et la quasi-totalité de l’énergie nécessaire à la mobilité des personnes, sont aujourd’hui fournis par les énergies fossiles conventionnelles. La France est ainsi très dépendante du marché mondial du pétrole car elle importe ces énergies à 99%. Cette dépendance a un coût: la facture représente la quasi-totalité du déficit commercial français qui avoisine les 60 milliards d’euros annuels.

Les ménages français dépensent en moyenne 5 000 euros par an pour leur mobilité. Les 3?4 de cette somme sont consacrés à la mobilité quotidienne de courte distance, soit 3700 euros. Avec des situations disparates. Pour les ménages ruraux les plus pauvres, la part budgétaire dédiée au carburant est 4 fois supérieure à celle des ménages urbains les plus riches. Il existe donc une dynamique de précarité dans la mobilité qui pourrait concerner les ménages, et surtout ceux qui se situent dans les territoires périurbains. Car cette situation ne pourra aller qu’en empirant si rien n’est fait pour réduire la dépendance des ménages à la voiture individuelle et aux énergies fossiles dont les prix devront fatalement augmenter.

LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX

D’autres facteurs liés à l’environnement contraignent la réponse que la société peut apporter à ses besoins de mobilité. Aujourd’hui, la mobilité des personnes est à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre et de polluants locaux qui dégradent la qualité de l’air, des eaux et des sols. Les transports représentent en France 1/4 des émissions de gaz à effet de serre (Citepa 2012). C’est le secteur le plus impactant, devant l’agriculture et le résidentiel-tertiaire L’impact de ce secteur est largement dominé par le transport routier. Les études de l’INSEE et du SOeS montrent que les déplacements quotidiens des ménages périurbains et ruraux génèrent deux fois plus de CO2 que ceux des pôles urbains qui ont plus tendance à utiliser les modes actifs. D’autre part, le coût sanitaire de la pollution atmosphérique en France est estimé entre 0,7 et 1,7 milliard d’euros/an.

De même, les infrastructures de transport construites sur des zones agricoles ou naturelles fragmentent les écosystèmes et fragilisent la biodiversité. Plus en amont dans la chaîne de valeur, les productions des carburants et des véhicules sont elles aussi à l’origine de nombreuses pollutions.

C’est au regard de tous ces impacts que doivent être évaluées les nouvelles offres de mobilité.