Penser la transition

Les enjeux de la mobilité durable

Publié le 22 septembre 2015
La mobilité des personnes et le transport des marchandises sont des éléments structurants de nos modes de vie : nous nous déplaçons de plus en plus, de plus en plus vite, nous sommes parties prenantes quotidiennement des échanges planétaires de produits divers. Les transports sont ainsi un secteur clé des économies, avec leurs infrastructures routières, aériennes comme ferroviaires et leurs nombreux services. Le besoin de mobilité n’a de cesse de croitre au point d’être une condition nécessaire à l’exercice de tous nos droits fondamentaux. « Les droits au travail, au logement, à l’éducation, à la santé, etc., passent ainsi par une sorte de droit générique qui commande tous les autres, le droit à la mobilité » (JP. Orfeuil).

La mobilité est aussi le reflet d’un monde qui bouge et d’une humanité en transition. La révolution du secteur des transports est en effet engagée, soutenue par les technologies de l’information : partages, connectivité, applications et nouveaux services, véhicules électriques et d’ici quelques années voitures autonomes. Les solutions comme les innovations se multiplient. Pour autant, les indicateurs environnementaux, sociaux et économiques tendent tous à montrer les limites de ce « système transport » : pollution, émissions de gaz à effet de serre, bruit, encombrement, précarité, inégalité d’accès, concurrence des modes, déficit des transports publics…

La transition vers une mobilité durable implique de développer des solutions adaptées à chacun, pour garantir la mobilité, tout en réduisant fortement les impacts sur l’environnement. Sortir de l’ère des « transports » pour entrer dans l’ère de la « mobilité », c’est rendre possible, fluide et confortable, des trajets qui combinent différents modes, de la voiture au train, en passant par le vélo ou l’avion, pour tous, sur l’ensemble des territoires. L’écosystème mobilité pourra alors devenir moteur de la transition écologique, en soutenant le développement des énergies renouvelables, le changement des pratiques et des modes de vie… et faire émerger un nouveau rapport à l’espace et au temps. C’est dans cette direction que la Fondation Nicolas Hulot place son action.

Les 5 priorités de la Fondation Nicolas Hulot
Favoriser l’intermodalité, les modes actifs et l'usage partagé des véhicules par le biais d'infrastructures adaptées : transports en commun, voies dédiées, autoroutes vélo et stationnements dédiés, rabattement…
L’accès à la mobilité durable pour tous : réformer la fiscalité de la mobilité en proportionnant les dispositifs incitatifs aux ressources des ménages
Le déploiement de la mobilité électrique : un bonus auto pour tous, calculé selon le niveau de ressources, un bonus vélo conforté.
L’évolution de la fiscalité pour réduire la pollution : aligner la fiscalité diesel et essence
Réformer le système européen d'homologation pour des véhicules réellement moins polluants
Dieselgate : pour un rappel des véhicules dépassant les niveaux d'émission affichés par les constructeurs.

 

LES ENJEUX SOCIAUX

Le développement des infrastructures de transport, mais également l’essor des nouvelles technologies d’information et de communication dessinent une société en perpétuelle accélération, et des modes de vie de plus en plus mobiles. Ce rapport au temps et à l’espace est une donnée nouvelle de la société moderne, qui transforme progressivement la mobilité en une nouvelle norme sociale. Les possibilités de se déplacer déterminent ainsi les choix que chacun fait pour se loger ou orienter sa vie professionnelle. En même temps, les besoins de déplacements de plus en plus individualisés, en fonction des âges, des activités professionnelles ou des besoins de services.
Pourtant, la capacité à se déplacer n’est pas garantie pour tous : un cinquième de la population française rencontre des difficultés dans sa mobilité quotidienne. Les raisons en sont multiples mais la dépendance à l’automobile individuelle est un facteur déterminant. Cette évolution conduit à une nouvelle « fracture sociale » qui, est aussi une fracture « territoriale » entre ceux qui réussissent leur mobilité à ceux en situation « d’immobilisme » par manque de moyens financiers (précarité) ou d’aptitudes et de compétences nécessaires au déplacement.

Mobilité et précarité : anticiper pour une transition juste
Les personnes les plus précaires, en situation de pauvreté, isolées sont les premières confrontées à la difficulté de se déplacer lorsqu’elles ne peuvent accéder aux transports en commun ou à des services adaptés à leurs besoins. Plus largement, c’est l’ensemble des populations dépendantes de la voiture, et particulièrement dans les zones rurales et périurbaines qui sont vulnérables. En cas de hausse du prix des carburants, quel est le risque de voir un nombre important de ménages basculer dans la précarité ?
Retrouvez les analyses et propositions de la Fondation Nicolas Hulot sur Mobilité et précarité
Accès et soutenabilité : les deux défis des territoires ruraux et périurbains
Les ménages résidant sur des territoires périurbains éloignés et ruraux sont particulièrement exposés à la dépendance à la voiture individuelle, et au risque de précarité. Les territoires peu denses, même bien desservis par la route, restent aujourd’hui les parents pauvres d’une politique nationale centrée sur la gestion des flux en zone urbaine dense. Cette politique doit évoluer pour accompagner tous les territoires dans le développement d’une offre intégrée de mobilité, à la fois plus accessible et moins impactante pour l’environnement.Retrouvez les propositions de la Fondation Nicolas Hulot

 

LES ENJEUX SANTE - ENVIRONNEMENT

L’urgence sanitaire

Les véhicules, et en particulier le diesel dans les zones urbaines, contribuent pour une large part à la pollution de l’air : oxydes d’azote, particules fines. Ce sont autant d’impacts sur la santé des populations et surtout celles des plus vulnérables : maladies respiratoires, cardio-vasculaires, allergies, atteintes au développement du cerveau… Rappelons que la pollution de l’air est responsable de 48000 décès prématuré par an en France (Santé Publique France 2016).

Pour aller plus loin

L’urgence environnementale

D’autres facteurs liés à l’environnement contraignent la réponse que la société peut apporter à ses besoins de mobilité. Aujourd’hui, la mobilité des personnes est à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre et de polluants locaux qui dégradent la qualité de l’air, des eaux et des sols. Les transports représentent en France 28% des émissions de gaz à effet de serre (Ademe 2016) et est largement des énergies fossiles. C’est le secteur le plus impactant, devant l’agriculture et le résidentiel-tertiaire. L’impact de ce secteur est largement dominé par le transport routier. Les études de l’INSEE et du SOeS montrent que les déplacements quotidiens des ménages périurbains et ruraux génèrent deux fois plus de CO2 que ceux des pôles urbains qui ont plus tendance à utiliser les modes actifs. Plus en amont dans la chaîne de valeur, les productions des carburants et des véhicules sont elles aussi à l’origine de nombreuses pollutions (de l’eau, des sols, des milieux naturels). Par ailleurs, les infrastructures de transport construites sur des zones agricoles ou naturelles fragmentent les écosystèmes et fragilisent la biodiversité.

Enfin les transports aériens et maritimes internationaux doivent faire partie intégrante de la réflexion sur la réduction des impacts environnementaux. Ils contribuent à hauteur de 5% au réchauffement climatique, cette contribution est en forte croissance et pourrait purement et simplement annuler les efforts réalisés pour limiter les impacts du transport routier.

Pour aller plus loin

Dans l’actualité

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

Les deux tiers de l'énergie finale consommés en France, et la quasi-totalité de l’énergie nécessaire à la mobilité des personnes, sont aujourd’hui fournis par les énergies fossiles conventionnelles. La France est ainsi très dépendante du marché mondial du pétrole car elle importe ces énergies à 99%. Cette dépendance a un coût : la facture représente la quasi-totalité du déficit commercial français qui avoisine les 60 milliards d’euros annuels.

Car cette situation ne pourra aller qu’en empirant si rien n’est fait pour réduire la dépendance des ménages à la voiture individuelle et aux énergies fossiles dont les prix devront fatalement augmenter.

Cette dépendance au pétrole est un facteur de vulnérabilité pour les ménages, l’économie nationale, mais également pour les territoires. L’attractivité des villes, le dynamisme commercial et touristique dépend largement de leur accessibilité, via tous les modes, et surtout via les transports en commun, pour les piétons et les cyclistes.

Enfin, les besoins de mobilité, existants ou émergents, sont un vivier d’emplois potentiels important dans le secteur des services.

Points de vue

Souvent contrainte, la mobilité individuelle a perdu son statut « émancipateur ». La transition écologique vise à ouvrir et diversifier les potentiels de mobilité pour tous, grâce à des solutions adaptées et sobres.