Penser la transition

Construire ensemble une alimentation durable

Publié le 20 mars 2017
L’alimentation et l’agriculture sont au cœur des enjeux du développement durable puisqu’elles sont aujourd’hui porteuses de déséquilibres environnementaux, économiques et sociaux très importants. Elles peuvent pourtant être sources de bénéfices pour les écosystèmes et porteuses de solidarité !

L’agriculture occupe une place centrale dans nos vies. Par l’alimentation qu’elle procure, certes, mais pas seulement ! Les impacts et les interactions de l’agriculture se jouent bien au-delà : sur l’eau, les sols, la biodiversité, la santé, mais aussi sur nos paysages, notre terroir, notre culture, l’emploi, le dynamisme de nos régions. Décider de notre agriculture est un véritable projet de société. 

Enjeu Alimentation durable

Agriculture et Gaz à effet de serre

Saviez-vous qu’en France l’agriculture est responsable de près de 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) ? L’utilisation d’engrais, l’accroissement de la mécanisation très énergivore et les emballages toujours plus présents participent entre autres à ce phénomène.

Les choix de production, de transformation, de transport et de distribution des denrées alimentaires sont parmi les points clés d’action pour réduire notre impact sur le climat.

Quels liens entre agriculture et changement climatique ?

Agriculture et biodiversité

Le manque de durabilité de la gestion de nos activités n ‘est pas sans conséquence sur notre environnement. L’intensification de l’agriculture, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution de l’eau, de l’air et des sols, l’artificialisation des sols et la dégradation des habitats spécifiques qu’elle entraîne, ou encore le changement climatique sont autant de phénomènes participant à l’érosion de la biodiversité. L’agriculture a un rôle important dans ces phénomènes. D’autres formes d’agriculture existent, comme la permaculture et l’agroécologie, qui permettent de produire de la biodiversité.

Vers une alimentation durable

Aller vers une alimentation plus durable c’est développer une agriculture durable et solidaire qui répond à la fois à la crise climatique et à celle du vivant. C’est passer par la promotion de produits locaux, de saison et de qualité.

Le steak de bœuf que j’ai acheté provient-il d’un animal nourri au soja, culture en partie responsable de la déforestation ? D’où proviennent mes fruits et légumes et sont-ils de saison?

alimentation durable

Choisir ses aliments influence directement les modes de production ! Consommer des produits locaux, de saison et de qualité, choisir des fournisseurs de proximité, faire des achats réfléchis, économiser les ressources, réduire ses déchets, limiter ses émissions de gaz à effet de serre sont autant d’actions visant à lutter contre la crise climatique et celle du vivant.

Nos propositions

Pour une politique agricole et alimentaire commune

La PAC nous concerne tous, au même titre que les 500 millions de consommateurs européens et les 11,7 millions d’agriculteurs du continent !

Mise en place il y a plus de 50 ans pour garantir l’indépendance alimentaire de l’Europe, la PAC fixe encore aujourd’hui des règles communes en matière agricole pour l'ensemble des Etats membres. L’Union Européenne y consacre chaque année un peu plus de 50 milliards d’euros (soit 42% de son budget total en 2012) ; 9,5 milliards sont attribués à la France. Si la PAC fut une réussite à ses débuts, les solutions d’hier ont conduit à un emballement, à une agriculture aujourd’hui trop gourmande en énergie, en engrais chimiques et en pesticides, qui a des conséquences dans de nombreux domaines : impacts négatifs sur la santé, la qualité de l’eau, la fertilité des sols, le climat, et la biodiversité ; impacts négatifs sur l’emploi et le dynamisme rural : en 10 ans, chute de 25% des emplois agricoles ; impacts négatifs sur la structuration des paysages ; impacts négatifs sur les agricultures des pays du Sud…

Certes, la PAC n’est pas la seule responsable, mais son rôle dans l'orientation des systèmes agricoles et alimentaires est incontestable. De la même manière, elle reste l’un des principaux leviers pour offrir un nouvel horizon aux agriculteurs européens demain.

Pour ces raisons, la Fondation Nicolas Hulot propose que la PAC élargisse ses objectifs pour non plus seulement, et c’est essentiel, répondre aux enjeux du secteur agricole mais aussi s’attacher à l’alimentation en général et aux systèmes alimentaires. Nous proposons ainsi une politique agricole et alimentaire commune vise à développer une l’agroécologie partout sur le territoire, l’emploi agricole, le renouvellement des générations, les circuits courts et les filières de qualité tout en assurant une alimentation saine et équilibrée accessible à tous. Pour cette raison, la PAC doit prendre en compte l’ensemble des systèmes alimentaires, de la production à la consommation pour que l’agriculture devienne un sujet de société.

Bilan de la réforme de la PAC en 2013 

Mettre en place un Grenelle de l’alimentation

L’alimentation est l’affaire de tous, elle nous concerne intimement au moins 3 fois par jour… En ce sens, elle doit faire l’objet d’un débat de société ouvert, élargi, profond pour savoir de quelle alimentation nous voulons collectivement.

Pour cela, un Grenelle de l’alimentation est nécessaire pour rapprocher producteurs et consommateurs, filières et collectivités.

A lire, une tribune de Nicolas Hulot dans Libération du 17 février. Extraits.

« Economiquement à bout de souffle, socialement épuisée, environnementalement risquée, l’agriculture est le déterminant d’une société en bonne santé qui montre aujourd’hui de larges faiblesses. Pourtant, elle ne manque pas d’innovations, d’idées, ni de moyens. Elle ne manque pas de terroirs ni de débouchés. Elle ne manque pas d’hommes et de femmes qui vont chaque jour travailler avec passion, ni de jeunes professionnels cherchant des terres pour s’installer. »

Tout est là, sous nos pieds, entre nos mains, dans nos têtes… mais la crise est profonde et le désespoir palpable. Deux attitudes sont possibles : se résigner et croire encore au modèle passé, ou s’ouvrir et inventer l’avenir. Collectivement.

Comme son prédécesseur issu du Pacte écologique, le Grenelle de l’alimentation rassemblerait agriculteurs, consommateurs, citoyens, élus, distributeurs… Il nous permettrait, sur une période longue et définie, de partager le constat, de débattre des enjeux et de construire une vision. Plus qu’une somme de mesures, il s’agit d’établir un nouveau contrat social d’avenir. L’agroécologie associe l’intelligence de la nature à celle de l’homme. Associons également nos intelligences pour répondre aux enjeux agricoles et alimentaires de demain. C’est la première étape vers une démocratie alimentaire. »

Réduire drastiquement l’usage des pesticides

Notre agriculture est très consommatrice de pesticides. Malgré la mise en place du plan Ecophyto en 2008, et l’objectif ambitieux de réduire par deux leur usage en France, la consommation de ces produits n’a pas diminué. Pire, elle a augmenté les années passées. Or les études s’accumulent pour dire que les pesticides causent de graves dommages sur l’environnement et la santé humaine.

Un nouveau plan Ecophyto a été lancé. La FNH souhaite que tout soit mis en œuvre pour que les objectifs soient atteints (- 50% d’ici 2025) et que l’argent public soit utilisé pour mettre en évidence qu’une telle réduction est possible.

D’autres mesures sont à prendre d’urgence :

  • Promouvoir et soutenir les solutions alternatives issues de l’agroécologie et l’agriculture biologique par des financements fléchés (PAC, plan Bio, Ecophyto)
  • Maintenir sa position concernant l’interdiction du glyphosate au niveau européen
  • Séparer le conseil et la vente des pesticides, activités encore liées au sein des entreprises et coopératives, incitant de fait à la consommation
  • Interdir des pesticides les plus dangereux pour l’environnement et la santé
  • Protéger les riverains qui subissent l’épandage de ces produits en instaurant des zones de protection 

Pourquoi et comment réduire les pesticides? 

Soutenir et développer l’agriculture biologique

L’agriculture biologique est en plein essor en France. Les surfaces consacrées atteignent près de 5% de la surface agricole utile française. Non seulement cette forme d’agriculture est bénéfique pour l’environnement mais, dans le contexte de crise actuelle des prix, les agriculteurs bio en tirent un revenu correct et une bonne santé économique de leurs exploitations.

Lae gouvernement doit amplifier le soutien à l’agriculture biologique pour poursuivre la dynamique de conversion actuelle (21 fermes par jour !). Il doit donner cet élan qui illustre qu’une agriculture en bonne santé sans pesticides est possible.

Soutenir l’installation des jeunes et favoriser l’accès au foncier

L’agriculture doit redevenir une source d’emplois stables et rémunérateurs. Elle est actuellement dans une phase de crise agricole qui peut démotiver les jeunes actifs à vouloir faire ce métier. Pourtant des modèles agricoles plus respectueux de l’environnement et rémunérateurs existent. Il faut soutenir les jeunes à s’installer sur ces formes d’agriculture et leur permettre l’accès aux terres.

Faire de la restauration collective un levier central d’évolution de l’agriculture

La restauration collective concerne 8 millions de français par jour, petits et grands. Des producteurs aux consommateurs en passant par les élus, les distributeurs ou les grossistes, toutes les filières agricoles sont concernées. La FNH souhaite que l’introduction de produits bio et de qualité, locaux, de saison, soient soutenue pour des assiettes 100% responsables, et aidée pour contribuer au développement d’une agriculture saine dans les territoires. Deux outils sont pour cela à mettre en place : une prime à la conversion bio des cantines mise en place par l’état pour accompagner la mutation et le développement d’outils comme Mon restau Responsable pour aider les porteurs de projet dans leurs démarches.